Situation de référence
« Nā roto i te reo tahiti » caractérise une situation où l’enseignante tente de faire participer ses élèves en langue cible, le tahitien, pour construire du sens.
Face au film de sa classe et sollicitée par les formateurs, Johanna explicite sa démarche, donne des alternatives possibles et évoque ses préoccupations.
Avec le volume horaire hebdomadaire dédié à une langue régionale, il est important pour elle de communiquer en tahitien au maximum dans la classe.
La séquence filmée est un extrait d’un cours en classe de 6e. Les élèves travaillent à partir d’un texte distribué, après une lecture oralisée. Johanna les interroge sur le vocabulaire du texte et prend des notes au tableau.
Dans cette situation, Johanna demande à la classe d’expliciter le vocabulaire du texte.
L’enseignante donne des consignes et réagit aux propositions des élèves presque exclusivement en tahitien. Elle prend des notes au tableau au fur et à mesure. Le groupe classe est habitué à cette mise en activité en langue cible et les élèves tentent de suivre les consignes. L’enseignante rappelle qu’elle attend des réponses en tahitien lorsque les élèves répondent en français.
Concernant l’activité des élèves, certains participent activement en donnant des réponses, tantôt en tahitien tantôt en français. Cependant, beaucoup restent passifs dans cette phase. Dans l’extrait, iI n’y a pas d’utilisation d’images, de dictionnaire, ou d’autres ressources alternatives aux connaissances lexicales préalables des élèves.
L’entretien d’auto-confrontation montre l’enseignante expliquant l’évolution de sa pratique vers l’utilisation d’outils ou d’appareillage didactique tels que les images, afin de rendre les élèves plus autonomes dans l’élucidation du vocabulaire d’un texte. Sa réflexion porte aussi sur la place du français en cours de tahitien.
Nā roto i te reo tahiti » pose d’emblée la place de la langue cible dans le cours de langue au cœur des préoccupations majeures des enseignants.
Chez les débutants, l’idée de maximiser l’utilisation de la langue cible dans les activités proposées aux élèves est la norme. Interdire l’utilisation du français pour rappeler l’obligation de communiquer en langue cible est un réflexe chez beaucoup d’enseignants ; mais tous les enseignants, débutants comme expérimentés, soulignent le fait qu’on ne peut se passer du français dans certaines situations.
L’utilisation du français est souvent perçue comme une façon de contourner la difficulté d’accès au sens, mais pas forcément comme une stratégie logique dans certaines phases du cours de langue. D’autres stratégies permettant à l’élève d’accéder au sens de façon plus autonome peuvent être proposées mais l’approche comparative ou tout simplement le besoin d’expression ou d’explicitation en français peut apporter une réponse à l’insécurité de linguistique qui paralyse parfois la prise de parole des élèves.
Cette situation soulève plusieurs problématiques :
- Quelle est la place du français en cours de langue ? Comment gérer l’interlangue et les erreurs ? Comment choisir les modalités de correction des erreurs et du registre de langue ?
- Comment évaluer les prérequis et les difficultés des élèves ? Comment gérer l’hétérogénéité ?
- Comment faire acquérir du lexique ? Comment passer de la découverte, à la mémorisation et au réinvestissement ?
- Quelles stratégies suivre pour faire progresser les élèves en langue cible ? Quels outils ou appareillages didactiques peuvent rendre plus autonome ?
- Faut-il ritualiser et automatiser ou plutôt varier et laisser libre les échanges en cours de langue ?